Présente aux Abattoirs de Toulouse pour l’exposition du « Musée imaginaire » d’Oli (la coverstar du numéro d’avril de Technikart), à Toulouse, la présidente de la région Occitanie Carole Delga mise sur un investissement massif dans les industries culturelles pour dynamiser la région. Interview.
La Région Occitanie investit dans l’éducation, en proposant la gratuité des manuels scolaires et en mettant à disposition des lycéens des ordinateurs. Comment cette démarche d’accessibilité se traduit-elle dans le domaine de la culture ?
Carole Delga : Nous finançons les cinémas de proximité, comme à Bédarieux ou Mende, nous soutenons la création et la diffusion de l’art contemporain dans nos treize départements via des expositions, festivals et résidences d’artistes – comme l’artiste Banksy invité dans un lycée de Toulouse –, pour que tous les publics, notamment les jeunes, aient facilement accès à la vie culturelle. Pour que la culture puisse pleinement jouer son rôle émancipateur, elle doit être accessible à tous. Ma priorité est de lutter contre tous les déterminismes sociaux et territoriaux qui peuvent donner le sentiment qu’elle n’est pas pour soi.
Vous étiez présente à l’inauguration du « Musée imaginaire » d’Oli, au musée des Abattoirs de Toulouse, en décembre 2024. Pourquoi était-ce important pour vous d’y assister ?
J’ai aimé l’idée qu’on remette les clés d’un musée à une icône de la scène musicale et qu’on crée des ponts entre les arts. Ce rapprochement est d’autant plus intéressant que rap et art contemporain sont, tous deux, des formes culturelles victimes de préjugés. Grâce à Oli, un jeune public, peu familier des musées, a eu envie de franchir la porte des Abattoirs. Oli m’avait confié que, dès tout petit, il aimait fréquenter les Abattoirs. C’était important de soutenir cette démarche. Il est la preuve vivante de l’intérêt d’encourager dès l’enfance une proximité avec l’art.
Bigflo et Oli sont des figures incontournables de Toulouse. Vous avez collaboré avec eux pour le prix littéraire Claude Nougaro. Leur influence sur vos politiques culturelles ?
Ce sont des artistes sincèrement attachés à leur ville et à la transmission, ce qui nous motive à des collaborations. La Région est par exemple partenaire du Rose festival, né de la volonté de Bigflo et Oli de créer un événement innovant de rap et musiques actuelles. Avec la Carte Jeune, avec nos aides à la mobilité, nous cherchons à rapprocher les jeunes de la culture.
Le cinéma occupe une place croissante en Occitanie, avec des fonds pour la production et des ateliers dans les lycées. Quels films ou projets récents vous rendent particulièrement fière ?
Miséricorde, La plus précieuse des Marchandises, Gigi, Papillon, Le Comte de Monte-Cristo : cinq films soutenus par la Région étaient nommés à la 50e cérémonie des César ! C’est une immense fierté pour l’Occitanie et une reconnaissance du talent de nos créateurs et techniciens ! Ces nominations nous encouragent également dans l’ambition de faire de l’Occitanie la première région européenne de l’audiovisuel et la première destination en France pour les productions internationales.
Quel mot d’ordre pour soutenir un projet ?
Le message compte. Ce que nous dit Oli avec son exposition, c’est : « Le musée est à nous, il est à vous, il appartient à tous ses visiteurs. » C’est une ode à la création. Mais nous tenons aussi à soutenir les talents émergents, par exemple avec le Prix Occitanie Médicis qui donne une visibilité internationale à nos artistes, grâce à un partenariat avec la Villa Médicis.
Les prochains rendez-vous culturels de la région ?
Nous allons vivre en 2025 des temps forts pour l’art contemporain : la réouverture du Centre d’art Le Lait à Albi ; l’exposition Sophie Calle au MRAC de Sérignan, en septembre, gérée en régie directe par la Région ; l’exposition anniversaire des 75 ans du Musée d’Art moderne de Céret ; les Journées des ateliers d’artistes, en octobre, qui mettent en avant près de 700 artistes dans 280 communes… En réalité, la culture vit toute l’année en Occitanie par nos festivals, nos manifestations et nos expositions avec des lieux comme le Carré d’Art à Nîmes, Lieu Commun à Toulouse, l’Atelier Blanc en Aveyron.
Comment la région gère-t-elle les coupes budgétaires du gouvernement Bayrou ?
En Occitanie, le désengagement de l’État nous a coûté 210 millions d’euros en 2023-2024, et on estime à 187 millions d’euros les pertes pour 2025. La Région est le seul niveau de collectivité à n’avoir reçu aucune compensation face au choc inflationniste – une situation injuste au vu des efforts réalisés pour soutenir et relancer l’économie pendant et après la crise sanitaire. Mais nous voulons sanctuariser l’accès à la culture « partout et pour tous ».
Des coupes budgétaires prévues ?
Aucune majeure. La Région a choisi de soutenir les plus fragiles, garants de la diversité culturelle : radios associatives, compagnies théâtrales, bénéficiaires de subventions inférieures à 5 000 €. La filière audiovisuelle, génératrice de 11 000 emplois, est également préservée via notre stratégie régionale « Occitanie, ça tourne ». Enfin, nous fusionnons nos trois agences culturelles, des professionnels du livre, de l’audiovisuel et du spectacle vivant, pour améliorer la transversalité de l’accompagnement
Un message à faire passer ?
Il faut arrêter d’envisager la culture uniquement sous l’angle des coûts ! La culture est une richesse, un investissement. Pas seulement parce qu’on estime à six euros les retombées locales pour un euro qui y est investi, mais parce que la culture cimente nos sociétés, éveille nos consciences, permet de partager des valeurs communes. Personne ne peut prétendre aujourd’hui, face aux menaces pesant sur nos démocraties, qu’elle n’est pas essentielle.
Par Lina Bacchieri et Alexis Lacourte
Photo Leo Archangeli