À 24 ans, Jeune Lion s’impose avec Rule Mi Heart, son quatrième album en trois ans (et ses tubes de rap infusés au reggae, « Houdini » et « Rozin »). Interview rugissante.
Tu as commencé à rapper en 2021. Quel a été le déclic ?
Jeune Lion : Je ne pourrais pas répondre précisément, mais je dirais que c’est un don. Un matin, je me suis réveillé, et voilà, j’étais un artiste.
Et tu te trouvais où?
À Bordeaux. J’étais étudiant, je faisais des études d’agronomie, alors qu’à l’origine je viens de Marcory (quartier animé au sud d’Abidjan, Côte d’Ivoire, ndlr). Marcory, c’est ma zone, c’est chez moi. Je suis né là-bas, j’ai grandi là-bas, toute ma vie se passe à Marcory ! C’est ma base, l’endroit où je puise mon inspiration. C’est là que j’essaie de porter le rap le plus haut possible. Si tu ne sais pas où tu vas, il faut savoir d’où tu viens…
Tu te décris comme un « rappeur spirituel ».
Le rap spirituel, ce n’est pas du gospel. Il ne s’inscrit pas dans un courant religieux en particulier, mais traite de la spiritualité dans son ensemble. Je rappelle juste à notre génération qu’un monde spirituel existe, qu’il y a un Dieu là pour nous écouter et nous aider à avancer. Et je le dis avec de « bonnes vibrations ».
Dans tes textes, tu parles de la culture Akan.
C’est la base. On est Akan, entre la Côte d’Ivoire et le Ghana. Dans notre culture, il y a l’or, la royauté, les habits traditionnels. Dans certains clips, je m’habille comme ça parce que c’est ce que je suis.
Le lion – symbole puissant chez les Rastafaris, qui représente la force, le courage – revient souvent dans tes textes.
Quand tu vois un lion, tu le respectes, c’est le roi des animaux. Et moi, j’arrive dans le game comme un roi. Je ne fais pas de clashs, je ne tombe pas dans les bassesses. Je viens fier, digne, sûr de moi.
Tu mélanges souvent anglais et nouchi (argot né en Côte d’Ivoire, ndlr) dans tes textes. Pourquoi ?
Étant Akan, j’ai grandi avec l’anglais, surtout à cause de mes séjours au Ghana. Si je fais du rap full français, ça limite. En ajoutant de l’anglais et du nouchi, je rends ça accessible à encore plus de monde.
Et ton « Lara Gang », c’est quoi ?
C’est le nom de mon squad, mes frères, mes voisins, ma famille. À la base, « Lara » était péjoratif en nouchi, genre quelqu’un de mesquin. Moi, je l’ai transformé : un « Lara », c’est quelqu’un d’intelligent, qui a des solutions, des plugs.
Comment écris-tu ?
Je suis comme un arbre : ça vient naturellement. Certains fruits sont plus gros, plus sucrés, mais je ne force rien. Si une prod’ me plaît, ça coule tout seul. J’enregistre chez moi, dans ma chambre, avec mon petit setup. Tout seul, pas de jugement, je fais ce que je veux.
Ta musique en deux mots ?
Stylé et spirituel.
Et ton look de tous les jours ?
Pareil : stylé et spirituel !
Le texte qui te correspond le mieux ?
« Tous les jours je m’élève, tous les jours, je reste calme, Mon ange m’a dit de pas prendre la grosse tête, Mais de réclamer les têtes si le plug mets les miettes » (« Pas râ » sur son album S/O Dieu). Ça me représente bien.
Ton mantra dans la vie de tous les jours ?
« Tout est possible à celui qui croit. » J’adore.
En tournée partout en France, et à La Place (Paris 1er) le 3 et 4 avril
Par Raphaël Baumann
Photos Basile Bertrand
DA Hugo Jean
Stylisme Anaïs Dubois
MUA Laurine Flores